Aéroports : comment surmonter la crise actuelle?

COVID-19 : trou d’air durable pour les aéroports

La pandémie COVID-19 qui sévit depuis décembre 2019 a eu un impact immédiat et spectaculaire sur le secteur du transport aérien.

Si le pic de la crise sanitaire est passé, la crise économique qui suit la pandémie continue de faire baisser la demande de transport aérien avec des pertes estimées pour le secteur à 252Md$ en 2020* à l’échelle mondiale.

La propagation rapide du virus et les mesures de confinement mises en œuvre par le gouvernement à travers le monde pour y faire face ont eu pour effet de réduire le trafic des passagers.

# Un secteur durement touché…

Le trafic passagers a diminué d’environ 40% sur le 1er trimestre 2020 par rapport aux prévisions pré-crise.

Les aéroports européens ont connu une baisse de 98,6% du trafic passagers au cours du mois d'avril par rapport à la même période l'année dernière, soit une perte d’environ 202 millions de passagers.

Ils n'ont accueilli que 2,8 millions de passagers en avril 2020* contre 205 millions de passagers en avril 2019.

Les aéroports français sont particulièrement touchés avec une baisse de près de 99% du trafic passagers au cours du mois d'avril 2020* comparé à 2019.

Même si les sources de revenus des aéroports sont diverses (revenus aéronautiques : redevances aéronautiques, taxe d’aéroport et recettes des services aéronautiques, et extra-aéronautiques : loyers commerciaux, revenus des parkings, …), le niveau des revenus est fortement et logiquement corrélé au trafic. Les aéroports français doivent donc faire face à une baisse drastique de leurs revenus et une baisse relativement moins importante des charges dont 80% sont des charges fixes.

Ils doivent en parallèle continuer à assurer et financer les missions régaliennes de sûreté et sécurité, car si nombre d’entre eux sont fermés au public, ils restent opérationnels côté piste pour assurer l’accueil du trafic de fret et des missions d’évacuations sanitaires, de sécurité, ...

# … et durablement impacté

Le tableau ne serait pas complet sans évoquer le sujet de l’évolution du réseau régional des dessertes aériennes envisagée par le gouvernement (privilégier le train lorsque le territoire peut être desservi en 2h30 de train) et les prises de position de certaines compagnies aériennes, principaux clients des aéroports, qui envisagent une transformation fondamentale de leurs activités qu’il s’agisse des voyages d’affaires ou des voyages de tourisme, avec la suppression de certaines lignes intérieures et leur remplacement pas des liaisons ferroviaires, …

Cette évolution de la connectivité aérienne des territoires aura un impact certain sur leur attractivité pour les opérateurs économiques comme pour les touristes. Ces effets devront être estimés avec précision car ils pourront être de nature à remettre en cause la tendance initiée d’une relocalisation en région de certaines activités économiques.

# Quel sera rôle du secteur public et des collectivités locales dans le redémarrage ?

Le Conseil International des aéroports (ACI) a plaidé pour l’adoption par les gouvernements de mesures qui :

  • Garantissent les revenus des aéroports,

  • Allègent les exigences d'utilisation des créneaux horaires des aéroports (afin de libérer des créneaux pour les besoins du fret),

  • Reconsidèrent le paiement des redevances de concession,

  • Prévoient un allègement des taxes aéroportuaires,

  • D’assistance financière des gouvernements.

La France n’a pas suivi ces préconisations : si les gestionnaires d’aéroports ont pu bénéficier, comme les entreprises de nombreux autres secteurs d’activité, de Prêts Garantis par l’Etat et de mesures de chômage partiel, le plan de relance de la filière aéronautique présenté par le gouvernement ne prévoit pas de mesures spécifiques de soutien aux aéroports.

Une proportion significative des aéroports régionaux français sont propriété de collectivités locales ou de groupement de collectivités. La gestion de ces aéroports est fréquemment déléguée par leurs propriétaires à des tiers, privés ou publics, par le biais de contrats de délégation de service public.

Les collectivités, propriétaires des infrastructures, doivent donc s’attendre à des demandes de renégociations de fond des contrats qui les lient aux exploitants de leurs aéroports : évolution du modèle économique, évolution des modalités d’exploitation, évolution des plan pluriannuels d’investissement, évolution des contributions publiques, …

En effet, même si le virus semble être contenu, et quelle que soit la forme de la reprise – V, VV, √  - les restrictions de voyage se poursuivent et se poursuivront pendant un certain temps, les passagers pourraient, en outre, ne pas reprendre leurs habitudes de voyages d’avant crise.

La reprise des activités des aéroports pourra également varier d’un type d'aéroport à l’autre : les plates-formes aéroportuaires desservant les grands centres urbains, disposant de compagnies aériennes basées, financièrement solides (et/ou susceptibles de recevoir un soutien financier public) pourraient connaître une reprise plus rapide que les grands aéroports touristiques et les aéroports de taille moyenne. Les dates de réouverture au passagers d’ores et déjà annoncées par les plateformes s’échelonnent sur tout le mois de juin.

Au-delà de la réouverture et de la reprise des trafics, le défi à relever consistera à trouver les conditions d’un réel mais complexe équilibre entre les moyens à mobiliser pour permettre aux opérateurs de repenser leurs business model et de redémarrer leurs activités, et l’utilisation des fonds publics dans un cadre juridiquement sécurisé (aides à l’investissement, au fonctionnement dans le cadre du Lignes Directrices et du régime d’exemption).

Il conviendra de confronter les impacts identifiés sur l’activité, les conséquences en termes de recettes, tant sur le volet régalien que sur le volet commercial, en termes de charges, et cela au regard des principes contractuels spécifiques prévus pour la gestion des risques de type force majeure, imprévision…

Les notions fondatrices des contrats de gestion, service public et intérêt général, devront être réexaminées.


Un savoir-faire unique dans l’accompagnement des aéroports

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Expertise sectorielle bâtie pour les propriétaires et gestionnaires d’aéroports

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Maîtrise des évolutions et enjeux des contrats de DSP aéroportuaires

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Modélisation financière des infrastructures aéroportuaires et des retombées pour les territoires

*Sources : les éléments chiffrés figurant dans cet article sont issus d’études ACI Europe, OACI et IATA